L’enfance et l’écriture

L’enfance est une matrice narrative

C’est le territoire des premières fois. Notre inconscient y emmagasine des diamants bruts composés d’émerveillements, de peurs, d’élans et de blessures fondatrices. C’est en cette période que se forgent les premières représentations du monde, celles qui continueront à vibrer sous la plume de l’adulte. Même sans intention autobiographique, tout écrivain puise dans cette réserve primitive. L’enfance demeure ainsi une source souterraine, toujours active, qui irrigue les récits et leur donne leur profondeur unique, propre à chacun.

Un espace de langage

Notre âge tendre… Ce passage où les mots se découvrent, se cherchent, se déforment, puis se forment. Notre corps, en tout premier lieu, les joue, les appréhende, les façonne. Les mots s’entrechoquent et apprennent encore à respirer. Ils naissent ensuite : nos premières phrases intérieures tâtonnent avant de devenir langage. Parler de ce temps de l’innocence, au sens large du terme, c’est évoquer la genèse du verbe, cette zone où la parole s’invente avant de s’ordonner. C’est donc parler de l’écriture elle-même, de son origine, de sa sensibilité propre à chacun.

Un sujet universel

Scoop : l’enfance traverse toutes les vies, toutes les époques, quel que soit le milieu ou les chemins empruntés. Elle constitue un socle commun, un territoire où chacun reconnaît quelque chose de soi. Ce temps des origines, avec ses incursions dans l’intangible, ses élans, ses manques et ses éclats, résonne dans toutes les cultures. Une période qui nourrit les récits depuis toujours. Écrire sur l’enfance, c’est toucher à ce qui relie. C’est ouvrir un espace où chaque histoire trouve un écho dans la mémoire d’autrui.

Un sujet littéraire universel

Comme un fil souterrain et tenace, de Proust à Ernaux, de Duras à Ferrante, l’enfance traverse la littérature. Proust y cherche les traces de la résurgence spontanée, Ernaux y déchiffre les déterminismes sociaux, Duras y explore les fractures intimes, Ferrante les loyautés et les violences premières. Chacun, à sa manière, retourne à ce territoire des origines pour éclairer le présent. Écrire sur l’enfance, c’est rejoindre une lignée d’auteurs qui interrogent ce temps fondateur pour mieux comprendre ce que nous devenons.

Un enjeu social et symbolique

Dans nos sociétés, les années fondatrices représentent un espace normé, qui devrait être protégé et qui est donc parfois contraint ou subi. Écrire sur cette période, c’est interroger ce qui se transmet, ce qui se perd ou se transforme, parfois bien malgré nous. C’est ouvrir la boîte de Pandore, faire la lumière sur les rites de passage et les fractures sociales qui marquent les trajectoires, mais aussi sur les métamorphoses intérieures qui façonnent notre être. Mettre en mots ce passage agit comme un prisme à travers lequel comprendre nos structures collectives autant que nos mouvements intimes. Tout cela nourrit l’écriture, la réflexion, la création, et donne à chaque récit une profondeur qui dépasse l’individu pour toucher au commun.

L’enfance, les prémices de la vie…